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La Psychologie Physiologique de Wundt (école structuraliste) (1874) (tome 1)

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LA PSYCHOLOGIE  PHYSIOLOGIQUE DE WUNDT (école structuraliste) (1874) 

 « Wundt est le fondateur parce qu’il a su marier la physiologie et la philosophie pour engendrer un résultat indépendant. Il a apporté les méthodes empiriques de la physiologie aux questions de philosophie » (Traduction de l’auteur de Leahey, 1987; p182)

 

Dès 1874, soit 5 ans avant son laboratoire expérimental, Wundt publia « Psychologie physiologique ». En marge des notions métaphysiques de psychologie, ce fut son introduction à ce qui se qualifiera plus tard de « nouvelle psychologie »; la psychologie scientifique. Étant physiologue et philosophe, il pu puiser dans sa formation les bases de cette « nouvelle » science et ainsi s’attaquer à la problématique psychologique.

 

 

De nos jours, on dit qu’il est fondateur de la « Psychologie Structuraliste » mais c’est plutôt à Edward B. Titchener (1867-1927)  que l’on doit l’appellation « structuraliste » ainsi que sa définition précise de l’approche du laboratoire expérimental de Wundt dont il fut l’élève. Il  définissait le structuralisme comme étant une forme  d’analyse de l’esprit (psyché) humain qu’il décrivait comme la somme totale des expériences cérébrales. Il s’agissait alors de définir en ses plus simples composantes cette somme des expériences et voir les façons avec lesquelles toutes ses composantes s’incorporent ou s’assemblent en formes complexes. Wundt qui se disait plutôt « volontariste » fut extrêmement prolifique avec les publications de ses découvertes (1) et théories (1).

 

(1) (Pour l’auteur de ces pages, dans l’analogie de la construction d’un bâtiment qui représenterais une science dans toute son intégrité, une découverte est une brique ou un ensemble de briques avec lesquelles l’on construit l’édifice; Elle sont là à demeure. Une théorie est un croquis plus ou moins détaillé d’un plan de construction que l’on ajoutera ou non à l’édifice. Et si on l’ajoute, c’est pour en faire l’essai; il pourra être révisé et être enlevé ou amélioré. Si la théorie se confirme, elle devient une découverte et demeure sur l’édifice; et on peut continuer la construction sur la base d’une découverte et l’édifice est solide.)

 

Wundt, physiologue et philosophe, théorisa sur ses expériences en laboratoires et fit des découvertes qui donnèrent des bases solides aux fondations de la psychologie. Différemment de Fechner (Gustav Fechner 1801-1887)  (Psychophysique) qui étudiait la relation entre la matière et l’esprit, son œuvre fut essentiellement de décrire le lien entre le cerveau, ses actions inconscientes fonctionnelles comme la respiration et la digestion, ses actions conscientes, les pensées, les idées et les sentiments subjectifs, la volonté et ce,  en utilisant sensiblement les mêmes méthodes empiriques que Fechner. Il fit la distinction entre plusieurs variances de la psychologie et retira la notion métaphysique de l’ancienne psychologie pour travailler sur des expériences concrètes. Il identifia aussi le problème d’utiliser le mental pour faire une science de l’exploration du mental. Il y voyait un conflit  qui faisait partie de la problématique de la psychologie.  Il fit distinction entre l’objet et le sujet, l’objectif et le subjectif, la conception et la perception. Il faut bien savoir que ces bases qui nous semblent évidentes se devaient d’être énoncées et décrites et c’est à partir de Wundt que ces notions nous semblent aujourd’hui aller de soi.

 

Bref, son travail fut une dissection du fonctionnement mental et il en définit les structures sur une base expérimentale.

 

L’ouvrage « Outlines of psychology » traduit de l’allemand à l’anglais par Charles Hubbard Judd, un de ses contemporains, décrit les conclusions de ses recherches et établit sa version de la structure de la pensée ou il divise tout d’abord les éléments psychiques en deux  catégories attributives : Les sensations pures et les sentiments simples. Ici, le terme sensations est traduit du mot « sensations » et « sentiments » du mot « feelings » qui veut aussi dire sensations.  Ensuite, il y a 6 composants psychiques qui sont, en anglais, : « Intensive Ideas », « Spatial Ideas », « Temporal Ideas » « Composite Feelings », « Emotions », « Volitional Processes » que l’on peut traduire par : Idées d’intensité, Idées d’espace, Idées temporelles, sentiments composés, émotions et processus volontaire ou de volonté.

 

Son ouvrage se poursuit dans la description par l’interconnexion des composants psychiques qu’il identifie comme suit : Conscience et attention, associations, combinaisons aperceptives et  états psychiques. Il décrit aussi le développement psychique à partir de celui des animaux et ensuite, celui de l’enfant et des sociétés. Il finit son texte avec le chapitre sur les causalités et lois psychiques dans lequel il traite du concept de l’esprit (« mind »), les lois psychologiques relationnelles et les lois psychologiques du développement.       

 

 

La méthode favorisée par Wundt dans ses recherches fut l’introspection analytique, soit une description d’une expérience mentale disséquée jusqu’à ses plus simples éléments. Exactement comme en physiologie, il analysait ces éléments et faisait une synthèse de l’ensemble pour en découvrir les lois. Il faut noter que les méthodes de Wundt furent d’une rigueur et d’une honnêteté intellectuelle inestimables. Ses ouvrages ne témoignent que de peu de sa personnalité mais selon H. Höffding (1908) « ceux que la vie a mis en rapports avec lui en ont éprouvé la douce chaleur, la franche cordialité et le calme enthousiasme intellectuel. »

 

Des décennies de recherches empiriques peuvent difficilement se résumer en quelques pages et à lire les innombrables ouvrages de Wundt on en perd son latin sinon un peu de sa raison. A priori, on a fortement une impression de dissection abusive ou de sectionnement de cheveux en quatre. Il ne faut cependant pas oublier que tout était à faire dans cette science. On n’essaie pas encore d’expliquer ou même de comprendre les comportements humains et leurs travers. On fait simplement  comme un enfant intelligent qui démonte un jouet complexe déjà existant pour savoir comment il est fait et de quoi est-il fait.  Plus tard, l’on pourra se servir de ces bases précieuses et de bien d’autres plus actuelles pour « réparer » le « jouet ».

 

 Le texte qui suit est totalement de Harald Höffding (1843-1931) Qui fut un contemporain de Wundt et un historien de la philosophie. Il décrit la démarche et l’élaboration du « problème psychologique » de Wundt mieux que je ne saurais le faire. Le voici in extenso :

« Il faut laisser à l'histoire de la psychologie le soin de montrer l'importance de Wundt pour la méthodologie et l'organisation de cette science. Wundt apparaît ici comme le chercheur le plus important après Fechner, le vrai créateur de cette partie. Mais, tandis que Fechner (comme Wundt le fait ressortir dans son discours commémoratif sur ce philosophe) n'était pas animé, à proprement parler, d'un intérêt psychologique bien marqué, et ne s'intéressait qu'aux recherches qui touchaient le seuil de la conscience et qui, suivant lui, pouvaient de la sorte jeter quelque lumière sur les rapports de l'esprit et de la matière, l'intérêt psychologique de Wundt, au contraire, est (page 12) plus étendu et en outre, pour lui, dans toute une série de points variés, la psychologie, comme un tout, garde de l'importance pour la philosophie. Je m'arrêterai quelque peu sur trois de ces points, je veux dire sur le rapport de la psychologie à la physiologie, sur le caractère propre de la vie psychique et sur les éléments de la vie psychique.

a) Physiologie et psychologie

Les rapports de la psychologie à la physiologie ont nécessairement une importance philosophique, puisqu'ils sont décisifs pour la détermination des rapports de l'esprit et de la matière. En dehors de sa Psychologie et de son Système, Wundt a aussi traité cette question dans son article déjà mentionné plus haut " sur la causalité psychique et le principe du parallélisme psychologique ".

A l'encontre de Fechner, Wundt ne regarde pas le parallélisme psychophysique comme une solution complète du problème. La diversité des sciences repose bien plus, pense-t-il, sur la diversité des points de vue que sur la diversité des objets, et un seul objet peut, par suite, se rencontrer en des sciences très diverses, La physiologie et la psychologie considèrent le même objet à des points de vue différents. Mais le fait que des points de vue distincts sont nécessaires ne prouve pas que des objets distincts eux-mêmes aient été donnés. Si nous suivions pas à pas l'évolution de l'esprit depuis ses degrés les plus bas jusqu’à ses degrés les plus élevés, nous nous verrions contraints d'admettre que cette série de degrés a été préparée dans la nature inconsciente, de sorte que la nature apparaît comme un processus autonome de l'évolution de l'esprit. Wundt penche donc, en fin de compte, vers une explication décidément idéaliste. Le " parallélisme " n'est pour lui qu'une hypothèse auxiliaire, non une position définitive. Mais il est nécessaire, en tant qu'hypothèse provisoire, parce que nous ne pouvons pas éviter d'admettre qu'il y a homogénéité entre la cause et l'effet, de sorte que l'action de l'esprit sur la matière, ou l'action inverse, resterait pour nous un miracle. A ce point de vue il insiste sur la loi de la conservation de l'énergie qui pour tout accroissement ou pour toute diminution de l'énergie (page 13) physique exige des équivalents physiques, ce qui exclurait la théorie ordinaire de l'action réciproque.

A plusieurs reprises Wundt a dû assurer qu'il demeurait constamment attaché à cette manière de voir, même quand il semblait se mettre en contradiction avec elle. Il déclare que lorsqu'il ne s'agit pas de questions de principe, il emploie la manière populaire de s'exprimer avec autant de droit qu'un disciple de Copernic dit que le soleil se lève et se couche. Je crois pourtant que la difficulté qu'on trouve ici chez Wundt ne provient pas uniquement de sa manière de s'exprimer. Il y a deux points, en effet, où il s'écarte explicitement du parallélisme. En premier lieu, il ne veut pas que la synthèse qui a lieu entre les éléments de conscience puisse être envisagée au point de vue physiologique ; seuls les éléments pris à part auraient des corrélatifs physiologiques, et non leurs synthèses. En second lieu, la valeur qui s'attache aux phénomènes psychiques n'aurait pas non plus de corrélatif de ce genre. - La première limitation du parallélisme repose sur une application illégitime de la distinction qui existe entre forme et matière, entre synthèse et élément. Le concept d'élément ne désigne jamais qu'une approximation d'un donné pur et simple, et ce n'est donc que très grossièrement et d'une façon purement relative que l'on peut distinguer entre la synthèse et les éléments. En outre la synthèse est un donné de fait aussi bien que les éléments. La seconde limitation repose sur une distinction illégitime entre la valeur et la chose à laquelle elle est attachée. Le fait de sentir qu'une chose a de la valeur est un fait psychique comme tout autre. Ou bien, si l'on veut, la valeur est un élément psychique ou une qualité psychique au même titre qu'une couleur ou un son musical. Il semble donc qu'il est inconséquent de souligner ces exceptions. Si Wundt les soutient si fortement, cela provient certainement du zèle qu'il apporte à conserver à la psychologie son indépendance. Autrefois, pense-t-il, cette indépendance était surtout menacée par des empiétements du côté spiritualiste ; mais de nos jours on a surtout à craindre des empiètements matérialistes.

Ce qui constitue une difficulté spéciale pour bien comprendre la théorie de Wundt, c'est que, tout en admettant que l'énergie (page 14) physique est constante dans le monde, il parle cependant d'un accroissement de l'énergie dans le domaine mental. Mais en lisant bien les principaux passages où il expose cette partie de sa doctrine, on voit pourtant que par accroissement de l'énergie mentale il entend soit l'apparition de nouvelles qualités psychiques, soit la survenance de valeurs nouvelles (note 2). Il me paraît être plus juste de parler ici d'une concentration et d'une organisation que d'un accroissement de l'énergie. Une valeur psychique suppose une concentration, mais non une augmentation de l'énergie en général. D'autre part on ne peut précisément pas se passer du principe de la conservation de l'énergie psychique si l'on veut être à même de comprendre les états maladifs qui proviennent de la concentration partielle ou de la scission de la conscience.

b) Le caractère spécial de la vie psychique.

A tous les degrés de la vie psychique et à travers toutes les formes qui l'expriment, se manifestent, d'après Wundt, des propriétés qui la font paraître comme l'antithèse de la vie physique matérielle, bien que cette dernière en soit le côté extérieur et perceptible par les sens. Dans ses divers traités Wundt fait, d'une façon quelque peu différente, l'énumération de ces caractères particuliers. Cependant les traits les plus importants sont toujours les trois dont nous allons parler.

a) Tout contenu psychique est un processus, une opération, en incessante réciprocité d'action avec d'autres processus et déterminé par des processus antérieurs. L'âme n'est pas une " chose ", une " substance ", mais Tätigkeit, activité. A ce concept de l'âme Wundt donne le nom d'actuel par opposition au concept substantiel de l'âme auquel demeurent attachés, chacun à sa manière, le spiritualisme et le matérialisme (note 3). L'essence de l'âme se révèle à nous par la synthèse continue de tous les faits psychiques. Cette synthèse enlève toute possibilité de concevoir l'âme par analogie avec un atome matériel, ce à quoi est toujours enclin le spiritualisme. Dans tous les points où nous pouvons observer la vie psychique, nous trouvons toujours la continuité, à mesure que nos observations deviennent plus exactes. Nous avons donc le droit d'admettre que la (page 15) continuité garde encore de la valeur au-delà du domaine où l'observation psychologique est possible, tandis que l'inconscient ne nous sert que de concept auxiliaire.

b) Une autre particularité de la vie psychique est sa faculté de produire, par la synthèse d'éléments donnés, un contenu qualitativement nouveau. Cette particularité est désignée par l'idée de synthèse créatrice. Elle se manifeste dans toute perception sensible, mais avec plus de clarté dans la conception de l'espace, qui résulte de l'action combinée des sensations visuelles, tactiles et motrices, et dans le timbre des sons, qui est produit par l'action combinée des sons inférieurs et des sons supérieurs. On la découvrit tout d'abord dans les faits psychiques d'ordre élevé, dans la naissance des images, des concepts et des pensées. Mais c'est une particularité qui se manifeste aussi bien dans les faits psychiques les plus élémentaires que dans les plus élevés. De ce côté aussi se montre la continuité de la vie psychique.

Dans l'expression " synthèse créatrice " Wundt fait tout particulièrement ressortir le mot " créatrice ". Il n'appuie pas (comme nous l'avons déjà indiqué en passant) sur le problème ni sur la limite de l'intelligence qui y sont contenus. Ce qui survient de qualitativement nouveau - par exemple, lorsque la forme spatiale, conformément à la théorie génétique, est produite par la synthèse des sensations d'espèce différente, ou quand une idée générale se fait jour sur un fondement de motifs qu'elle enchaîne d'une façon tout à fait neuve - ce qualitativement nouveau, dis-je, n'est aucunement expliqué par cela seul qu'on le dit l'oeuvre d'une synthèse créatrice. Ce terme peut fort bien servir pour une description, et il se prête bien à marquer ce qu'a de nouveau le produit par rapport aux facteurs ; mais il laisse derrière lui un grand problème et par suite on ne doit pas le faire servir à trancher une fois pour toutes le débat.

c) À la particularité que nous venons de signaler se relie très étroitement un troisième caractère de la vie psychique. Nulle part, d'après Wundt, l'activité psychique ne se manifeste plus clairement que par la manière dont un phénomène est décomposé, divisé en ses éléments composants par un processus (page 16) qu'on peut appeler une " analyse relative ". Cette décomposition n'a pas du tout lieu de telle manière que les parties se présentent ensuite comme des unités qui se suffisent en elles-mêmes, mais de telle manière que leur rapport au tout soit conservé et que ce soit même en raison de leur place déterminée dans le tout qu'elles conservent leur valeur. Pour éclairer cela par un exemple, Wundt cite la manière dont nous sommes capables de faire ressortir dans tout le champ de notre vue (champ visuel) un point unique (le point regardé) en faisant tomber l'excitation correspondante à ce point sur la place de la rétine où la vision est la plus distincte. Wundt nomme aperception l'attention dissociative qui se manifeste dans l'analyse relative. C'est au moyen de cette aperception que les parties .d'un grand tableau nous apparaissent peu à peu sans perdre leur rapport avec l'ensemble. De même l'orateur voit sa pensée dans l'ensemble avant que soient énoncées les parties séparées et l'artiste aperçoit son œuvre comme un tout, avant que les parties différentes soient distinguées et exécutées. De la sorte on obtient une clarté et une netteté toujours plus grandes.

c) Les éléments de la vie psychique.

C'est par l'étude de la perception sensible et de la représentation que Wundt porta son attention sur le côté actif de la vie consciente. Cette étude le conduisit au concept de l'aperception, que j'ai déjà mentionné en passant comme un des plus difficiles de la philosophie de Wundt.

L'aperception n'est pas seulement une activité qui se manifeste dans le domaine des représentations ; elle se manifeste aussi dans tout sentiment, le plaisir et la douleur étant déterminés par le rapport du contenu de la représentation à l'acte psychique, et elle se manifeste dans ce qu'on nomme au sens strict le vouloir. Quand Wundt emploie comme exemple d'illustration la différence qui existe entre le champ de la vision (champ visuel) et le point que l'on fixe (point de vision), il faut cependant remarquer que, selon sa théorie, l'aperception n'a pas seulement pour fonction de distinguer, lorsque, par exemple, un point spécial est fixé dans tout un ensemble, mais aussi de (page 17) lier, ce qui a lieu dans toute formation de concept et de jugement. Elle est le contraire des processus éminemment passifs et involontaires, le contraire, par conséquent, de la simple association de représentations. Wundt se prononce contre la théorie psychologique qui veut tout ramener dans la conscience à une association extérieure de représentations autonomes, contre ce qu'on appelle la psychologie associative. Il soutient qu’une " aperception " agit dans toute association de telle sorte que la distinction (die Sonderung) dans l'association et dans l'aperception repose, à proprement parler, sur une abstraction dont peut s'approcher plus ou moins la réalité. Mais il n'est pas facile de faire accorder avec cela toutes les assertions de Wundt. En effet Wundt parle de faits d'association simples, sur lesquels la volonté n'a aucune influence ; ils seraient caractérisés par l'influence entièrement nulle de la volonté sur leur mode de production. Quand il admet plus loin qu'il existe dans le cerveau un " centre " spécial " d'aperception ", cela semble aussi impliquer que par rapport à l'association et à d'autres faits plus passifs, l'aperception doive être un processus autonome (note 4). Où la chose devient encore plus confuse c’est quand, dans l'aperception, il distingue deux formes : l'aperception passive et l'aperception active. L'aperception active est caractérisée en ce qu'elle est déterminée par une représentation qui la précède et qu'elle connaît plusieurs possibilités, tandis que l'aperception passive est déterminée par une impression sensible et ne suit qu'une seule direction déterminée.

Je n'ai pas réussi à me convaincre de la nécessité qu'il y avait à introduire ce concept dans la psychologie. Le concept de l'attention contient en fait tout ce que présente l'expérience. Comme attention involontaire (ce qui correspond à peu près à l'aperception passive de Wundt), elle collabore à toute perception sensible (par exemple à la fixation d'un seul point dans l'horizon visuel) et aussi à toute association de représentations (puisque, pour la part essentielle, c'est toujours du sentiment et de l'intérêt dominants que dépend la représentation évoquée). Comme attention volontaire (à peu près analogue à l'aperception active de Wundt), elle se (page 18) manifeste quand l'acte d'attention est précédé d'un état dans lequel on s'attend ou l'on cherche à concevoir et à se représenter une chose déterminée. Or la tâche de la psychologie est d'examiner avec soin tous les degrés et toutes les formes de l'attention, des plus élémentaires aux plus élevées.

L'essentiel de la théorie de Wundt consiste en ce qu'elle fait ressortir l'importance des conditions internes, centrales de l'activité psychique, par rapport à ses conditions externes et périphériques. Je ne saurais mieux l'exprimer qu'en ces termes : le degré et le sens de l'attention sont déterminés par les besoins et les tendances de la vie au stade de l'évolution donné, et ces besoins et ces tendances sont déterminés à leur tour par l'histoire antérieure de la vie.

Les difficultés que présente la théorie de l'aperception de Wundt sont vraisemblablement liées à cette circonstance qu'il a formé le concept de l'aperception, d'une part par la voie expérimentale, notamment par des expériences qui portaient sur l'attention préparée et consciente, et d'autre part aussi suivant des prototypes historiques (particulièrement Leibniz et Kant), chez qui également des fonctions conscientes d'un caractère bien marqué servent de fondement à la théorie de l’aperception. Par suite de quoi le rapport des fonctions clairement conscientes aux fonctions à demi conscientes de la vie psychique, des fonctions volontaires aux fonctions involontaires, demeura enveloppé d'une certaine obscurité, même après que Wundt, dans la suite, eut tellement élargi le concept de l'aperception qu'elle pût s'appliquer à toute la vie psychique. Le concept ne fut pas soumis aux modifications que rendait nécessaires sa plus grande extension. Wundt tend, comme il ressort très clairement de la suite de ses ouvrages et de leurs éditions, à donner au concept de l'activité, en tant qu'expression d'une action ou d'une tendance déterminée du dedans, une place prépondérante dans la psychologie. Le concept de la volonté lui apparaît de plus en plus comme le concept type et le concept central par analogie avec lequel doit être pensé tout le reste de la vie psychique. Dans la seconde édition de sa " Logique ", il désigne sa conception psychologique par le nom de Volontarisme, terme que, nous dit-il lui-même, il a emprunté à (page 19) Friedrich Paulsen qui l'oppose à l'intellectualisme de l'ancienne psychologie (note 5). Cependant la psychologie de Wundt, sous ses formes les plus récentes (dans le Grundriss, dans la troisième édition du Menschen-und Tierseele et dans la cinquième édition de la Psychologie physiologique), n'est jamais exposée comme une psychologie de la volonté qui suivrait pas à pas la volonté dans son évolution et qui regarderait les autres éléments de la conscience dans leur rapport à la volonté. Des tentatives de ce genre qui offrent un grand intérêt, ont été faites par Friedrich Jodl, Alfred Fouillée et G. F. Stout. Bien plus, Wundt ne range jamais la volonté parmi les éléments de la vie consciente. Il traite les phénomènes de la volonté comme les formes les plus complexes et les plus spéciales de la vie consciente et il ne compte à titre d' " éléments " psychiques que des sensations et des sentiments. Cela ne peut s'expliquer que d'une manière : c’est que Wundt commença ses études psychologiques par la perception sensible et par les fonctions intellectuelles qui s'y rattachent et fit tous ses efforts pour conserver l'importance primordiale de l'activité psychique, sans pourtant réussir à faire de l'activité l’élément capital par qui tout est conditionné. Le rapport entre les phénomènes psychiques élémentaires et les phénomènes complexes demeure toujours entouré chez lui d'une certaine obscurité (note 6).

Les difficultés qu'offre ainsi l'étude des oeuvres psychologiques de Wundt sont précisément une preuve, selon cette explication, d'un travail inlassable et poursuivi quarante ans durant sans interruption, à partir du moment, où, des études de physique, il passa dans le domaine de la philosophie. En procédant de cette sorte, grâce à la multitude et à l'universalité de ses connaissances, il a pu éclairer une foule de phénomènes, ce qui eût été impossible à une exposition plus régulière et plus nettement limitée. »

Avec ce texte, on est à même de constater l’ampleur et le sérieux du travail de Wundt mais aussi de l’énorme complexité de la psychologie scientifique. Cette même complexité fera en sorte que même des érudits contemporains comme Höffding avait maille à partir avec certains concepts comme l’ « aperception » qui n’est finalement qu’une sorte de « focale relative » sur un ensemble perceptif de quelque source sensorielle qu’il soit. Le travail de Höffner sur Wundt se penchait surtout sur sa philosophie et à la lecture des textes sur la philosophie de Wundt on comprend le souci presque obsessionnel de ce dernier pour détacher la psychologie des nombreuses notions de philosophie et de toute notion métaphysique par dessein d’objectivité rigide ; Un peu comme s’il comprenait la portée scientifique historique de son travail.  Néanmoins, pour Wundt il demeurait clair que la morale restait la morale et la métaphysique avait sa place comme la foi et la religion. Mais si toute la pensée est d’ordre psychologique comme il le faisait comprendre alors il restait encore à savoir ou et comment il concevait ces notions plus ou moins scientifiques. Höffding semble percevoir des contradictions occasionnelles dans son œuvre à ce sujet ; ce qui n’est pas étonnant considérant le volume imposant des ses écrits. On sait que ses expériences sensorielles n’étaient et ne pouvaient pas être sexuelles car la morale ne le permettait pas et il n’en est pas question de façon tangible dans ses travaux. Nous sommes encore bien loin de l’obsession de Freud sur la chose.  Il n’est pas question encore d’inconscient ou même d’instinct et c’est peut-être en partie pourquoi Wundt se disait « volontariste »

Dans le présent ouvrage, je ne vois pas l’utilité d’énumérer les découvertes de Wundt car elles sont devenues, pour évidentes qu’elles devaient être, des connaissances communes qui ressurgiront dans les travaux de tous ceux qui le suivront.

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